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aurélie julia
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Revue des deux mondes : Charles Peguy : Le patriote
Collectif
- Revue des Deux Mondes
- 24 Septembre 2025
- 9782356503350
LES COMBATS DE CHARLES PÉGUY Tous en appellent à lui. Pas un responsable politique ne discourt aujourd'hui sans le citer. « Nous avons besoin de Charles Péguy. Nous avons besoin de ses colères, de ses combats, de ses phrases ardentes », écrit dans son éditorial Aurélie Julia, directrice de la Revue des Deux Mondes. Dans une France où la politique est en déliquescence, où la société se fragmente et l'individualisme règne, Péguy nous fait réfléchir au patriotisme, à la force de la République et à la dignité de l'homme.
L'un des meilleurs spécialistes de cet « écrivain de la condition humaine », Éric Thiers, en dresse un portrait ciselé, observant que le contexte actuel est « péguyste » : tout ce qui assiège le monde, Péguy l'avait vu, décrit et dénoncé. L'écrivain fut un dreyfusard de la première heure. L'affaire Dreyfus a nourri son engagement et sa réflexion. Robert Kopp l'affirme : « C'est d'elle que tout part, c'est à elle que tout revient. » Notre dossier explore également la relation complexe entre Charles Péguy et Jeanne d'Arc, héroïne à la fois mystique et politique, qui incarne à ses yeux la justice, la sainteté et la liberté. La liberté, le grand combat aussi de Richard Malka. Dans l'entretien qu'il nous a accordé, l'avocat-essayiste dit son inquiétude face à la montée du communautarisme, l'abandon des valeurs républicaines et la remise en question de la laïcité et de l'universalisme.
À lire également, l'analyse du préfet Alexandre Brugère, en poste dans les Hauts-de-Seine, sur les causes multiples de la délinquance des quartiers sensibles et sur ses idées pour la combattre entre sanction et éducation.
Au chapitre international : l'impérative mue de l'Europe en termes d'alliances et d'unité face au retrait américain et à la montée des nationalismes autoritaires. Enfin, Judith Sibony célèbre le renouveau de l'oeuvre de Beaumarchais. Le Barbier de Séville et Le Mariage de Figaro triomphent grâce à des mises en scène vivantes et drôles. Bonne lecture -
PENSER LA GUERRE L'Europe s'arme, la Russie menace, les États-Unis se désengagent. Le temps semble venu de penser la guerre, comme le propose le numéro de novembre de la Revue des Deux Mondes. Pour Charles de Gaulle, la guerre est inhérente aux sociétés, elle traduit les passions des êtres humains et leurs antagonismes naturels. Obsédé par le futur, il a toujours fait de la préparation à la guerre une priorité absolue. Le général éprouvait une forme de fascination pour la guerre non pour sa violence mais à cause de l'énergie collective, du sens authentique du devoir, de la grandeur morale d'un peuple que l'on voit dans ces moments-là. La France, longtemps protégée des guerres subies et attachée à un langage diplomatique euphémisé, redécouvre aujourd'hui, comme nous l'explique Jean-Dominique Merchet, qu'elle a de véritables ennemis - islamistes, Russie, puissances autoritaires - dans un monde redevenu tragique. Un contexte qui oblige l'Europe à renforcer d'urgence sa dissuasion nucléaire et conventionnelle pour éviter un dangereux « déficit de dissuasion ». Nouveau champ de bataille, le cyberespace est un enjeu stratégique majeur, où États et acteurs non étatiques mènent espionnage, sabotage et manipulation à grande échelle, brouillant les frontières entre guerre et paix. Brouillage aussi des mots dans le langage commun où la rhétorique guerrière est galvaudée (guerre sanitaire, guerre des prix...), réduite à sa forme incantatoire.
Boualem Sansal est emprisonné depuis un an en Algérie. Triste anniversaire d'une détention arbitraire inscrite dans la continuité du despotisme et du contrôle politique en place à Alger, que nous retraçons. À lire également nos articles sur la mémoire et la spoliation des « appartements juifs » pendant la Shoah, sur les Grands Dieux de l'île de Samothrace et sur Pondichéry, ville noire, ville blanche. Bonne lecture ! -
Revue des deux mondes : Georges Orwell, l'intemporel
Aurélie Julia, Isabelle Jarry, Christian Authier, Jean-Michel Djian, Sébastien Lapaque, Laurent Alexandre, Marin de Viry
- Revue des Deux Mondes
- 27 Novembre 2025
- 9782356503374
ORWELL, L'INTEMPOREL Pouvoir autoritaire, intelligence artificielle, appauvrissement de la langue, transhumanisme, post-vérité... « Aurions-nous dépassé en 2025 les sombres prédictions de l'écrivain britannique ? », s'interroge Aurélie Julia, directrice de la Revue des Deux Mondes. Assurément, la lecture de George Orwell est plus que jamais pertinente. Comme nul autre, il a analysé l'emprise du pouvoir, les tyrannies du mensonge et de la manipulation, qui arrachent au réel et confisquent les libertés. Orwell a forgé sa pensée en côtoyant les plus pauvres, en combattant en Espagne et en observant sans relâche les mécanismes de la domination. De ses engagements et de sa stupéfiante lucidité est née une oeuvre immense. 1984 et La Ferme des animaux en sont les sommets les plus connus. Notre numéro élargit la focale à ses essais politiques et ses récits en forme de reportages dans les bas-fonds de Londres et Paris, les mines du nord de l'Angleterre ou les tranchées de la guerre d'Espagne. À l'ère de la super-IA et des neurotechnologies, Laurent Alexandre affirme que les logiques de domination pointées par Orwell et Huxley fusionnent en un risque de contrôle mental et informationnel systémique. Dans ce domaine, la Chine fait figure de laboratoire tant le pays se transforme en un univers ultra contrôlé où la surveillance étouffe progressivement les gestes du quotidien, jusqu'au regard porté sur le réel.
Lisez également notre portrait de Stéphanie Tesson, indocile héritière de Philippe Tesson, patron de presse et fou d'art dramatique. Au Théâtre de Poche à Montparnasse (Paris) qu'elle dirige, elle perpétue l'esprit de son père : fantaisie, rigueur, classicisme du verbe et primauté du beau.
Pierre Jourde nous explique pourquoi les racines de son nouveau roman La Marchande d'oublies (Gallimard) remonte à sa peur des clowns quand il était enfant tandis que Christiane Rancé raconte son pèlerinage intime sur les pas de François d'Assise.
Bonne lecture ! -
Revue des deux mondes : Pascal Bruckner : Etat paternel, wokisme, mai 1968, écologie ..., les ravages du declinisme et du catastrophisme
Aurélie Julia, François Molins, Basile Ader, Jacques de Saint Victor, Jean-Yves Le Naour, Christian Charrière-Bournazel,
- Revue des Deux Mondes
- 28 Août 2025
- 9782356503343
JUSTICE ET POLITIQUE, UN COUPLE EN CRISE L'Europe est en proie au doute. Elle a mauvaise conscience, elle est tourmentée par son passé - colonialisme et nazisme. Et c'est pire encore pour la France, dont la croix est alourdie par la défaite de 1940. L'auteur du Sanglot de l'homme blanc (1983), Pascal Bruckner, analyse dans ce numéro la culpabilité qui engourdit notre continent alors qu'il doit, plus que jamais, affirmer sa puissance face à l'Amérique et à la Chine.
Selon le philosophe, l'auto-flagellation et la défiance vis-à-vis du progrès nuisent à l'essor de l'Europe. Fidèle à sa ligne, malgré l'adversité de l'époque, Bruckner rejette « le déclinisme et le catastrophisme » et exhorte les jeunes à renouer avec la confiance et l'espérance. Notre dossier est consacré au couple orageux que forment politique et justice. Trop lente, trop laxiste, trop sévère : les Français adorent détester les juges. En 2013, le scandale du « Mur des cons » a prêté le flanc aux sempiternelles accusations de connivence entre pouvoir et prétoires. Ancien procureur de la République de Paris, François Molins apporte, chiffres à l'appui, les arguments d'une justice au fonctionnement démocratique, en dépit d'un cruel manque de moyens. Pour autant, politique et justice ont depuis toujours des liens : les juges des parlements ont contribué à la chute de la monarchie ; longtemps la justice a servi à l'État pour museler ses opposants ; la peine de mort a été un instrument politique et émotionnel...
Outre-Atlantique, le tornade Trump souffle aussi sur les universités : sous prétexte de lutter contre l'antisémitisme et le wokisme, le président américain mène contre elles une offensive idéologique et politique. Lisez également le récit de l'essor spectaculaire de la Pologne, passée d'un pays communiste à une puissance économique et militaire mais où l'élection du nationaliste Karol Nawrocki pourrait remettre en question son ancrage européen. Bonne lecture ! -
Revue des deux mondes : Les écrivains sous l'Occupation
Collectif
- Revue des Deux Mondes
- 24 Avril 2025
- 9782356503329
LES ÉCRIVAINS COLLABOS Il fut un temps où régnait dans les salons parisiens une forme de « bon chic collabo ». C'est en ces termes que Jérôme Garcin qualifie cette mode flatteuse et transgressive des années quatre-vingt pour le souffre des belles-lettres : Paul Morand entre dans la Pléiade, Mitterrand cite Chardonne, Brasillach est sujet d'éloges. Aujourd'hui, seul Céline, odieux génie, reste lu, joué au théâtre et chacune de ses lettres ou autographes affolent les enchères.
Avec une différence de degrés mais point de nature, des élites littéraires françaises ont cédé à la compromission, à la collaboration. Nul ne les y a contraints si ce n'est une vanité démoniaque, résumée ainsi par Jean Guéhenno : « Je signe donc je suis », et pour certains d'authentiques convictions. Le plus déshonorant épisode demeure le train de la honte d'octobre 1941 qui, à l'invitation de Goebbels, emmena sept écrivains français faire un voyage littéraire, en échange d'une adhésion à la politique de collaboration. Moins connu, un voyage de plasticiens, un autre de musiciens et encore un autre de comédiens complétèrent cette offensive de charme nazie. Sartre et Duras n'en furent pas, mais leurs parcours est semé d'ambiguïtés et d'ambivalences.
Lisez également notre dossier sur les États-Unis et l'ouragan qu'ils font souffler sur le monde depuis l'élection de Donald Trump. Malmener ses voisins, répudier ses alliés, chahuter l'ordre international, saper l'État de droit et faire divorcer l'Amérique de son passé : le butor Trump mène une politique de la table rase, comme nous le démontre Ran Halevi. À ses côtés, J. D. Vance défraie également la chronique avec ses coups d'éclat. « Péquenaud, né dans une famille de fous » sans le sous, il s'est arraché à son milieu et symbolise l'ancrage populaire du vote trumpiste. Dans la galaxie, se trouve aussi Peter Thiel, oligarque de la tech aux penchants mystiques, qui aspire ni plus ni moins à sauver le mondes des griffes de l'Antéchrist ! Philosophe, Luc Ferry assure pourtant que notre époque va infiniment mieux que celle des années trente ou soixante, même si l'obsession de l'Homo democraticus pour son nombril n'est pas sans risques.
Ne manquez pas non plus, le regard que Jean-Jacques Annaud porte sur son immense carrière. La Guerre du feu, L'Amant, L'Ours, Sept ans au Tibet.... Ses films cumulent des millions de spectateurs. Sa martingale : la passion, l'amour. Bonne lecture ! -
Revue des deux mondes : L'Algérie : Le casse-tête français
Collectif
- Revue des Deux Mondes
- 27 Mars 2025
- 9782356503312
ALGÉRIE : LE CASSE-TTE FRANÇAIS « À quand la libération de Boualem Sansal ? », interroge Aurélie Julia, directrice de la Revue des Deux Mondes. Notre publication soutient plus que jamais cet esprit libre et sans peur dont les écrits et la parole sont des passe-murailles que les autocrates d'Alger ne peuvent enfermer.
France-Algérie, le vieux couple traverse une crise sans précédent depuis l'indépendance de 1962 dont chaque nouvel épisode mène jusqu'à présent à l'escalade. Du rêve de « royaume arabe » de Napoléon III à aujourd'hui, la France se trouve comme prise dans un piège franco-algérien. Comment situer cette poussée de fièvre dans bientôt deux cents ans d'histoire commune ? Qu'est-ce que la régence d'Alger d'avant 1830 ? Qui dirige vraiment l'Algérie ? Pourquoi la détestation de la France est-elle un fonds de commerce politique ? Pour comprendre l'histoire passionnelle et complexe qui unit la France et l'Algérie - tout est parti en 1827 d'un coup de chasse-mouche du dey d'Alger au consul de France ! -, nous avons opté dans ce numéro pour l'analyse et le temps long, à revers des coups de boutoir de l'actualité. Kamel Daoud se dit convaincu qu'« un Algérien ne peut pas être algérien s'il ne répare pas le lien à la France dans sa tête » tandis que l'ancien ambassadeur à Alger, Bernard Bajolet, prône un retour au dialogue indispensable, préservant la relation retissée avec le Maroc. Brutal et disruptif, Donald Trump a surgi depuis son élection comme un bulldozer sur la scène internationale. Dans ce numéro, la diplomatie façon Trump est passée au scanner. Lisez également le récit d'une époque au côté de l'historien Pierre Nora, fondateur de la revue Le Débat, et auteur de Lieux de mémoire, oeuvre monumentale sur ce qui fonde notre mémoire collective. Et aussi, une belle dissertation sur l'art de citer. Débusquer ces pépites, les glisser dans une conversation, en pimenter un texte. La citation cristallise le sens, met les mots en musique, enlumine les métaphores. Retenez cette perle de Jules Renard à propos du papillon : « billet doux plié en deux cherche adresse de fleur. » Bonne lecture ! -
Revue des deux mondes : La haine de l'Occident
Revue Des Deux Mondes
- Revue des Deux Mondes
- 30 Janvier 2025
- 9782356503299
LA HAINE DE L'OCCIDENT Hier, modèle ; aujourd'hui, repoussoir. L'Occident est le perdant du nouvel ordre international, qui s'organise. Son influence s'amenuise, ses valeurs sont défiées, son passé conspué. L'heure de la revanche a sonné pour ce qu'on appelle maladroitement le Sud global, agrégat de puissances émergentes aux poids disparates et aux intérêts multiples. Et la haine de l'Occident dans lequel ils incluent Israël fait souvent leur ciment.
« Brésil, Inde, Indonésie, Arabie Saoudite, Afrique du Sud et Turquie : ces pays ont atteint une position telle dans le monde global (...) qu'ils sont sinon totalement immunisés, du moins peu vulnérables, à des pressions venant des Occidentaux », constate Michel Duclos alors que le groupe des Brics représente aujourd'hui plus de la moitié de la population mondiale.
À large spectre, l'anti-occidentalisme trouve son expression au Kremlin, au Sahel, chez les Frères musulmans tout autant qu'au sein d'une certaine élite intellectuelle, wokiste et déconstructionniste. « L'Occident a de nombreuses choses à se reprocher, mais ce ne sont pas ses crimes ou sa cupidité qui suscitent aujourd'hui une haine inexpiable, ce sont nos libertés », assène Alain Finkielkraut. Pourtant, ces libertés attirent et c'est bien en Occident que malheureux et proscrits cherchent une vie meilleure. Lisez le vibrant plaidoyer pour les valeurs occidentales de la franco-iranienne Abnousse Shalmani.
Savoureux, l'inédit que nous publions ce mois-ci est une lettre de René Magritte dans laquelle l'extravagant Salvador Dalì est rabaissé au rang de « peintre pour curés » ! Alors qu'on célèbre le 50e anniversaire de la loi Veil - le 12 janvier 1975 -, nous retraçons le parcours de l'une de ses plus ardentes avocates, Gisèle Halimi. Enfin, découvrez New York en position horizontale et percez les mystères de la mort de Michelangelo Merisi, alias le Caravage. Bonne lecture ! -
Revue des deux mondes : Les droites conquerantes
Collectif
- Revue des Deux Mondes
- 27 Février 2025
- 9782356503305
LES DROITES CONQUÉRANTES L'Europe penche à droite. Idées claires, franc-parler, pragmatisme assumé, Giorgia Meloni incarne la droite conservatrice et souverainiste qui progresse sur notre continent. Aux commandes depuis 2022, la présidente du Conseil italien est, selon Thibault Muzergues, « un ovni dans la politique européenne », figure de proue d'un post-populisme qui respecte le cadre des institutions et table sans ambiguïté sur le clivage droite-gauche, au détriment de celui peuple-élite. Rare leader à être sortie sans éraflures des Européennes de 2024, « La Meloni » a le vent en poupe au carrefour des droites et des « establishments » européen et américain. Quid de la droite en France ? L'indigence des idées face aux mutations fondamentales du monde a brouillé les repères entre la droite et la gauche. Scrutin après scrutin, la droite française se fait « dévorer » par le Rassemblement national. L'après-Macron va ouvrir un nouveau cycle, qui pourrait être l'occasion d'un sursaut de la droite de gouvernement pour endiguer la vague populiste. À la condition toutefois d'éviter la guerre des chefs, ce qui semble pour l'heure très mal engagé. Notre dossier explique pourquoi être de droite n'est pas facile en France, pays à la tradition révolutionnaire profondément ancrée, marquée au front par l'affaire Dreyfus et la collaboration. Le numéro de mars de la Revue des Deux Mondes revient sur l'oeuvre magistrale d'Henri Michaux. Peintre, poète, écrivain, il était un artiste total habité d'une énergie créatrice permanente. Mais, « l'homme troué », toujours en lisière d'abîme, fuyait les hommages, les photos, les interviews et était aussi « l'homme qui dit non ». À lire également : un entretien fictif avec Maurice Ravel, né il y a juste 150 ans, inspiré de ses nombreux écrits, et l'histoire rocambolesque des vrais-faux manuscrits de Rimbaud. Bonne lecture !
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Revue des deux mondes : L'humour, une arme politique : Churchil, de Gaulle, Clemenceau, Elisabeth II...
Collectif
- Revue des Deux Mondes
- 26 Juin 2025
- 9782356503336
L'HUMOUR : UNE ARME POLITIQUE Les grands de ce monde ont de l'humour. Ce n'est pas, loin s'en faut, leur trait de caractère dominant mais force est de reconnaître que certains d'entre eux manient les traits d'esprit, l'ironie, la caricature ou la parodie avec brio. En public, et plus férocement encore en privé, les responsables politiques de tous bords sont les auteurs de perles qui traversent les époques. Si celles-ci révèlent la cruauté des cercles du pouvoir, elles témoignent en creux de la capacité des hommes et des femmes politiques à user du rire comme rempart à la pression et à la griserie.
Churchill, de Gaulle, Clemenceau ou encore Chirac occupent le haut du palmarès avec des saillies dorées sur tranche. À ce jeu, le vieux lion britannique était redoutable. Citons au hasard cet imparable vision des deux blocs du XXe siècle : « Le vice inhérent du capitalisme est la répartition inégale des bienfaits ; la vertu inhérente du socialisme est l'égal partage des misères. » L'apparence altière et austère de Charles de Gaulle dissimulait un humour fertile en formules parfois dignes d'Audiard. « Cette fois, c'était tangent », lâcha-t-il, laconique, après avoir réchappé à l'attentat du Petit-Clamart en 1962. Jamais en mal d'inspiration, Chirac était volontiers paillard, quant à Clemenceau, il excellait dans la vachardise. « En entrant dans le néant, il a dû se sentir chez lui », dit-il à la mort de Félix Faure. Notre numéro d'été, qui analyse sous différentes facettes le rôle de l'humour en politique, est truffé de ces phrases savoureuses.
Lisez aussi les hésitations de Marcel Proust entre la diplomatie et la littérature, qui transparaissent dans plusieurs de ses romans, ou la critique sans concession des souvenirs de Denis Podalydès avec Pierre Bourdieu.
En ces temps de vacances, partez en direction de la Charente chez Maria Casarès. La maison de l'actrice abrite désormais un lieu dédié au théâtre, où règne l'âme du grand amour de Camus et passent les fantômes d'illustres noms des arts et des lettres. Bel été ! -
Revue des deux mondes : Saint-Exupéry, ce héros
Collectif
- Revue des Deux Mondes
- 26 Septembre 2024
- 9782356503152
SAINT-EXUPÉRY, CE HÉROS MÉCONNU « L'essentiel est invisible pour les yeux », dit le renard au Petit Prince. Peut-être en est-il de même d'Antoine de Saint-Exupéry. Pilote de guerre, écrivain, combattant, scénariste, mélancolique et amoureux : que sait-on vraiment de ce héros de la littérature et de l'aviation du XXe siècle ? N'a-t-il pas une part d'invisible ?
« Le Petit Prince est le livre le plus lu dans le monde après la Bible. Et pourtant, Saint-Exupéry incarne un des plus grands paradoxes de la littérature française. Il n'est pas à la mode (...) », déplore Jean-Claude Perrier dans nos pages. On ne le prescrit guère aux examens, peu de thèses lui sont consacrées et point de biographie universitaire française de référence. Quatre-vingts ans après sa mort, la Revue des Deux Mondes rend à Saint-Exupéry, abattu le 31 juillet 1944 au large de Marseille, l'hommage qu'il mérite.
Sa trajectoire est celle d'un aventurier, qui a foi en l'homme et en l'unité de la nation. Hostile à de Gaulle, l'auteur de Pilote de Guerre préfère New York à Londres, s'égarant à redouter la division entre Français créé par l'Appel du 18 juin.
Figure mythique de l'Aéropostale, l'écrivain-aviateur célèbre la folle épopée des bâtisseurs et des pilotes de l'entreprise pionnière dans des romans emblématiques : Vol de Nuit, Courrier Sud et Terre des hommes.
Mais derrière cette vie héroïque et baroudeuse se cache un homme au coeur lézardé, toujours en demande de tendresse, de réconfort et d'amour qu'il va chercher auprès des femmes. De ses nombreuses conquêtes émergent les figures de Louise de Vilmorin, cruelle et mondaine, et de Consuelo Suncin, pétillante et volcanique.
Grâce à Benoît Forgeot, libraire et collectionneur, la Revue des Deux Mondespublie en intégralité un inédit de Saint-Ex : une lettre bouleversante adressée en 1934 à son fidèle ami, Henri Guillaumet. À un mois d'une élection présidentielle décisive aux États-Unis, lisez notre dossier, qui s'interroge notamment sur le phénomène trumpiste. Comment analyser le surgissement d'un tel trublion sur la scène politique de la première puissance mondiale ? Est-il une anomalie ou au contraire le révélateur de la démocratie américaine ?
Dans ce numéro également, une rencontre avec le photographe Olivier Jobard au regard bouleversant sur les migrants, une autre avec Benoît de Sinety, ex-prêtre du Gotha, et une douce plongée dans les onsen japonais. Bonne lecture ! -
Revue des deux mondes : Sylvain Tesson
Revue Des Deux Mondes
- Revue des Deux Mondes
- 21 Novembre 2024
- 9782356503176
L'EXCEPTION CULTURELLE FRANAISE « La culture est l'héritage de la noblesse du monde », disait André Malraux. Premier ministre aux Affaires culturelles, il fut l'un des artisans majeurs de cette « exception culturelle française», à laquelle la Revue des Deux Mondes consacre son numéro de fin d'année. Certains voient du chauvinisme ou de l'arrogance dans cette formule, qui semble placer notre culture au sommet. Pourtant, il s'agit bien d'une réalité, sédimentée au fil de l'histoire depuis François 1er. Aujourd'hui de nombreux périls la guettent : société fragmentée, finances publiques aux abois, voracité numérique, individualisme...
« Dans l'histoire humaine, la culture est l'agent chimique qui fait le liant d'une société. La tribu a un totem. L'assemblée, un Dieu. La société a des références. (...) Mais l'homme du XXIe siècle a un téléphone », cingle Sylvain Tesson. Vagabond des lettres et des grands chemins, l'écrivain craint que le divertissement mondialisé emporte tout au détriment du continuum de notre culture nationale, « couche atmosphérique totalisante ».
La langue française, dont l'enseignement et la pratique s'affaiblissent, tente de résister, comme l'explique Xavier Darcos. C'est un défi face au rouleau compresseur anglo-saxon. Argent public, manne privée : la filière culturelle bénéficie en France du double soutien des institutions et de mécènes, dont l'addition permet d'extraordinaires opérations d'influence extérieure, à l'image du Louvre Abu Dhabi.
Retrouvez aussi toute la fougue et le talent de Charles Berling qui s'insurge contre l'introduction des logiques de marché dans les politiques culturelles. Non, l'art n'est pas un produit commercial, il est vital, assène le directeur du théâtre Châteauvallon-Liberté à Toulon.
Également ce mois-ci dans nos pages : une rencontre avec Werner Herzog l'excentrique cinéaste allemand vient de publier ses mémoires -, une escapade avec les Sapho de la Belle Époque, poétesses fières de leur sexe et de leur verbe, ains qu'un hommage amical et plein d'anecdotes à Bernard Maris, assassiné le 7 janvier 2015 lors de l'attentat contre Charlie Hebdo. Bonne lecture ! -
Revue des deux mondes : La désinformation ce fléau
Revue Des Deux Mondes
- Revue des Deux Mondes
- 24 Octobre 2024
- 9782356503169
LA DÉSINFORMATION, CE FLÉAU C'est une guerre sans fusils d'assaut. Sans blindés et sans missiles. Ses moyens sont invisibles, son champ de bataille illimité. Elle se livre sur internet, ses munitions se nomment fake-news, rumeurs, photos tronquées, complotisme et ses soldats forment une armée de l'ombre. Sa puissance de feu est telle que la protection du cyberespace est désormais un enjeu majeur de défense internationale.
À la fiabilité et à la précision des informations se substituent des vérités alternatives, plurielles ou des post-vérités. « Idéologues, populistes et dictateurs ne s'embarrassent plus de l'exactitude des faits : ils cherchent par tous les moyens à enflammer les passions et cultiver la colère pour démolir les valeurs démocratiques qui les dérangent », met en garde Aurélie Julia, directrice de la Revue des Deux Mondes.
Ces Ingénieurs du Chaos, comme les a baptisés Giuliano da Empoli, murmurent à l'oreille des dictateurs, tels Vladimir Poutine et ses sbires du Caucase ou Xi Jinping, mais ils sévissent également dans le monde libre. Donald Trump en est sans doute l'exemple le plus caricatural. Ses dérives sont d'autant plus inquiétantes qu'il peut compter sur l'appui d'Elon Musk, l'homme le plus riche du monde. Nous publions un portrait de ce PDG-gourou, visionnaire sans vergogne et trumpiste convaincu..
Les prouesses techniques de l'IA font craindre des manipulations de l'information plus redoutables encore. Allons-nous sans cesse être dupés ? Non au contraire, répond Raphaël Doan : « L'intelligence artificielle générative nous incitera tous à plus d'esprit critique, et le risque est, paradoxalement, celui d'un trop grand scepticisme. »
Au sommet de l'État, la cybersécurité est devenue un réel sujet à partir de 2017. Peu à peu, les parades se sont multipliées avec en point d'orgue la création en 2021 de l'agence Viginum (Vigilance et protection contre les ingérences numériques étrangères). Ne manquez pas non plus notre dossier sur Rimbaud, poète génial, mythique et maudit, assoiffé d'amour et de liberté. Ses plus fins connaisseurs décryptent sa langue, sa folie, ses démons et l'adulation que suscite l'homme aux semelles de vent. Pareillement chaussés, Olivier Wéber, l'écrivain sans frontières, et Nicolas Bouvier, dont le livre légendaire L'Usage du Monde est mis en scène au théâtre par Samuel Labarthe, vous invitent également au voyage dans ce numéro. Bonne lecture ! -
Revue des deux mondes : intrasigeante et libre, l'extraordinaire Simone Weil
Revue Des Deux Mondes
- Revue des Deux Mondes
- 28 Septembre 2023
- 9782356502957
Fulgurante, foudroyante, extraordinaire... Il ne faut pas avoir peur des superlatifs pour la qualifier. « Simone Weil compte parmi les êtres de feu : son coeur brûle au contact de la souffrance comme de la beauté », écrit dans son éditorial Aurélie Julia, directrice de la Revue des Deux Mondes. Le dossier que nous consacrons ce mois-ci à la philosophe, la plus brillante et singulière du siècle dernier, retrace sa courte vie - elle est morte à 34 ans il y a tout juste huit décennies en 1943 - et rappelle l'immensité de son oeuvre intellectuelle.
En quête obsessionnelle de vérité, Simone Weil s'est astreinte à mettre sa pensée et son action en stricte adéquation, souvent au mépris de son corps relégué au rang de frivolité. À l'heure des selfies et des experts en tout, elle est un phare.
Issue d'une bourgeoisie aisée, bachelière à 16 ans, agrégée de philosophie à 22, la jeune femme aux lunettes cerclées avait sûrement devant elle une carrière confortable et prometteuse de professeure. Cet esprit en ébullition fait tout l'inverse, va travailler au champ puis à l'usine, tout en bas de l'échelle avec les sans-grades, pour comprendre la condition ouvrière et mieux la dépeindre, à distance des idéologies et au plus près du réel.
Engagée auprès des Républicains espagnols en 1936, elle est choquée par la violence et les horreurs perpétrées par certains de ses camarades, écrivant ses désillusions à un Georges Bernanos, en proie au même effroi envers les répressions franquistes.
À Londres en 1943, le Général de Gaulle aurait traité de « folle » cette érudite qui s'était mis en tête de se faire parachuter sur les lignes ennemies, préférant lui confier la rédaction d'un socle intellectuel pour la future Constitution. Ce fut L'Enracinement, son grand oeuvre rédigé d'une traite. D'origine juive, mystique, Simone Weil était aussi une chrétienne sans baptême, éblouie et conquise par Jésus et son message d'amour. Tout cela en une seule vie ! Lisez-le pour le croire.
Autre femme éclatante, Hélène Carrère d'Encausse a tiré sa révérence au coeur de l'été. Historienne de la Russie, troisième femme membre de l'Académie française, où elle fut élue au poste de secrétaire perpétuel en 1999, la « tsarine » reçoit dans ce numéro d'octobre l'hommage qu'elle mérite.
Hommage aussi à Michel Rocard dont l'action publique originale et fondatrice, l'activisme intellectuel et la culture du consensus inspirent aujourd'hui la nostalgie.
Et puis des femmes encore ! Celles qui jadis furent bannies des prestigieux dîners de la Revue des Deux Mondes, après une coquine entourloupe de George Sand. -
GEORGE SAND, FEMME D'AVANT-GARDE Fascinante, amoureuse, rebelle et engagée. La description de George Sand dessine le portrait d'une femme qui a revendiqué sa liberté, assumé ses plaisirs et ses désirs et cassé les codes féminins. « Une femme se choisissant un prénom masculin, vêtue comme un homme, cigarettes aux lèvres, divorcée, multipliant les conquêtes amoureuses et célébrant la République : même les héroïnes d'Alexandre Dumas sont moins hautes en couleur », écrit Aurélie Julia, directrice de la Revue des Deux Mondes. À l'avant-garde assurément, Aurore Dupin, alias George Sand, a laissé une oeuvre prolifique et éclectique, riche de romans, d'essais, de pièces de théâtre et de correspondances - elle a écrit plus de vingt mille lettres à plus de deux mille correspondants !
Indiana, La Mare au diable, Consuelo et bien sûr La petite Fadette demeurent les ouvrages emblématiques de celle qui a popularisé le roman romantique, plaçant au coeur de son écriture sensible et vive, l'amour, la nature, la société et l'émancipation des femmes. Chez elle, à Nohant dans la campagne berrichonne, George Sand recevait la fine fleur du monde des lettres et des arts: Balzac, Sainte-Beuve, Flaubert, Delacroix et bien sûr Musset et Chopin, ses illustres amants. L'amour a été la grande affaire de la vie de cette femme superbe à la chevelure de jais, qui s'est consumée dans des liaisons aussi flamboyantes que dangereuses. « Le véritable amour, c'est quand le coeur, l'esprit et le corps se comprennent et s'embrassent ». Ne sommes-nous pas tous en quête de ce triptyque ?
Lisez aussi dans ce numéro notre entretien avec l'écrivain et critique, Angelo Rinaldi. L'académicien nous dresse son panthéon de la littérature française selon lui « inégalable et inégalée » et évoque ses rencontres avec Kundera, Aragon, Romain Gary...
« La bêtise humaine est la seule chose qui donne une idée de l'infini », disait Ernest Renan. Les délires woke de l'université lui rendent un bel hommage, en érigeant la déconstruction en muse absolue. Alors dissertons sur la représentation colonialiste de la notation musicale, les transsexuels du Moyen-Âge, la sociologie du pet ou l'anus, laboratoire des pratiques démocratiques ! Dans ce numéro également : les secrets de la réussite espagnole, la suite de notre série sur les femmes de la Revue et le petit jeu de massacre toponymique des nouvelles communes. Bonne lecture. -
Revue des deux mondes : L'islam en France
Revue Des Deux Mondes
- Revue des Deux Mondes
- 29 Août 2024
- 9782356503145
Peut-on parler de l'islam en France en gardant raison ? C'est un défi. L'écrivain Kamel Daoud le résume avec acuité : « Comment, en démocratie, garder les musulmans, et même les rassurer tout en isolant les islamistes ? Tel est le pari difficile mais essentiel que la France doit relever. » Ce numéro de rentrée de la Revue des Deux Mondes espère, à sa mesure, y contribuer.
Par nos lâchetés, nos petits arrangements voire notre naïveté vis-à-vis du travail de sape des fondamentalistes, nous fragilisons notre socle démocratique et républicain. Fruit d'un exotisme intellectuel, d'une profonde ignorance ou d'une histoire coloniale inassumée, il y a dans notre pays un front émollient, qui a en quelques années métamorphosé « Je suis Charlie » en « Je suis Hamas ». Des digues ont sauté les unes après les autres, jusqu'à l'émergence d'un nouvel antisémitisme auquel une fraction de la gauche extrême et légale s'est ralliée. Abdennour Bidar refuse pour autant le pessimisme. Penseur universaliste, défenseur de la laïcité, il plaide pour le dialogue entre croyants ou non-croyants malgré une époque de plus en plus communautariste, indifférente et séparatiste. Si malheureusement, pour beaucoup, la distinction entre islam et islamisme devient impossible, le philosophe soufi rappelle que le combat contre le radicalisme se gagnera aussi avec l'appui des millions de musulmans « paisibles ». L'islam est-elle une composante à part entière de l'identité française ? Son empreinte dans notre histoire est en tout cas ancienne ; les premières incursions en Gaule de musulmans date du VIIIe siècle dans le sud de la France tandis que la première mosquée est inaugurée le 14 avril 1916 à Nogent-sur-Marne, en pleine guerre ! L'édifice a été voulu par les autorités militaires alors que des dizaines de milliers de musulmans des colonies se sont engagés pour combattre dans les rangs français. Lisez aussi le récit de la vie de Pierre de Ronsard, notre poète national, trop souvent réduit à quelques vers sur la fugacité de la vie puis faites un saut dans le temps avec une interview passionnante de Bénédicte Delorme-Montini sur le rap. Musique urbaine, protestataire et souvent sulfureuse, le rap constitue une véritable culture de substitution. Bonne lecture ! -
Revue des deux mondes : Les Juifs en France, l'histoire oubliée
Revue Des Deux Mondes
- Revue des Deux Mondes
- 26 Avril 2024
- 9782356503121
LES JUIFS EN FRANCE, L'HISTOIRE OUBLIÉE Par omission, convenance ou négligence, des pans de notre histoire sont tapis dans l'ombre. Ce mois-ci, la Revue des Deux Mondes éclaire celui de la présence des juifs en France. De leur contribution depuis deux millénaires à notre chronologie nationale dont le récit oublie souvent la mention. « Or notre histoire ne peut s'écrire en faisant l'impasse sur les juifs. L'identité française s'est construite avec eux », rappelle dans son éditorial Aurélie Julia, directrice de la revue. Dans les manuels scolaires, les Hébreux au temps d'Abraham et de Moïse, l'affaire Dreyfus, Vichy et la création d'Israël constituent les quatre épisodes d'une narration parcellaire, qui tait nombre d'autres faits et personnalités majeurs. Des découvertes archéologiques ont daté au Ier siècle avant J.-C. la présence des juifs dans notre pays, dont ils furent expulsés à trois reprises en 1182, 1306 et 1394. En revanche, lors de l'époque révolutionnaire, l'Assemblée constituante adopte le 21 septembre 1791 un décret signé par Louis XVI qui émancipe tous les juifs de France et leur accorde la pleine citoyenneté.
Jusqu'à la Seconde Guerre mondiale, les juifs se sont insérés avec ferveur et loyauté dans la nation : celle-ci les trahit le 3 octobre 1940, en adoptant le « statut des juifs », prodrome d'une collaboration zélée avec la peste brune. Notre dossier s'attarde par ailleurs sur la part active prise par les juifs dans la « révolution de la vie », sur les plans à la fois biologique et éthique. D'éminents chercheurs et professeurs y ont joué un rôle pionnier, particulièrement dans les domaines de la conception et du contrôle des naissances, qu'aucun dogme ne gouverne dans la tradition juive. Lisez également Haïm Korsia raconter sa vie de rabbin, débutée à 20 ans, et pour qui le lien entre République et judaïsme se loge dans leur message commun, humaniste et universel. Retour dans ce numéro sur le drame de l'Arménie, avec Christian Makarian. Étranglée par l'Azerbaïdjan et la Turquie, le peuple arménien, victime d'un nettoyage ethnique en septembre 2023 dans le Haut-Karabakh, a subi la trahison russe. Notre série sur les femmes de la Revue des Deux Mondes rend ce mois-ci hommage à ces aventurières et écrivaines sans peur, qui dès la fin du XIXe siècle, ont couvert les guerres et les révolutions ou ont rapporté de terres lointaines des reportages au long cours. Bonne lecture ! -
Revue des deux mondes : bêtise en politique, notre palmarès
Revue Des Deux Mondes
- Revue des Deux Mondes
- 20 Juin 2024
- 9782356503138
BÊTISE EN POLITIQUE : NOTRE PALMARÈS « Deux choses sont infinies, l'univers et la bêtise humaine. Et s'agissant de l'univers, je n'en suis pas certain ». Ce bon mot que l'on attribue à Einstein trouve dans le monde politique l'une de ses plus belles illustrations. L'intense actualité électorale que nous traversons l'enrichit quotidiennement. Le regretté Desproges se régalerait. Cet anticonformiste notoire, dynamiteur de tous les tabous, plantait ses banderilles les plus acérées dans l'échine des responsables politiques. Ainsi résumait-il le désenchantement que lui inspiraient ceux qui nous gouvernent : « À part la droite, il n'y a rien au monde que je méprise autant que la gauche ». Tout l'humour cynique au phrasé ciselé de Desproges est à retrouver dans ce numéro d'été. Cruel ou extralucide, c'est selon, Philippe Muray n'était jamais à court d'inspiration pour railler la dinguerie contemporaine, et larguer sa mitraille sur les stratégies et les comportements des élus, tour à tour taxés de « crétin providentiel », de « bubon du Bien » ou de « cauchemar pur ». Satire dans tous les sens, vous dit-on !
Parfois plus efficacement qu'avec des mots, quelques coups de crayons étrillent à merveille la sottise des puissants. Au XIXe siècle, Honoré Daumier, bien qu'oeuvrant en des temps peu disposés à la critique, fut un acteur majeur du développement du dessin politique. Un front bas, des sourcils simiesques, des yeux vides ou une lippe pendante lui suffisaient à rendre compte de l'incurie ou de la balourdise de ses cibles.
Le crétin monte-t-il toujours à la tribune ? Non, il arrive qu'il se contente de militer. Marin de Viry brosse un portrait hilarant et féroce du militantisme, espace d'épanouissement illimité de la bêtise. Lisez aussi notre second dossier consacré à l'Otan, une « Alliance méconnue » de tout juste 75 ans, qui apparaît plus essentielle que jamais alors que la guerre a fait son retour en Europe. Construction sans précédent, l'Otan s'élargit vers le Nord et l'Est mais les perspectives de nouvelles tensions majeures avec la Russie et de possible désengagement américain, en cas d'élection de Donald Trump, l'obligent à se transformer. En ces temps chaotiques, comment résister à la tentation de Venise ? Amoureuse éperdue, Catherine Van Offelen déclare sa flamme à ce miroir de l'Europe, haut lieu de notre histoire et temple de la beauté. Bonne lecture ! -
Revue des deux mondes : L'Inde, le nouveau géant : faut-il en avoir peut?
Revue Des Deux Mondes
- Revue des Deux Mondes
- 24 Octobre 2023
- 9782356503008
L'INDE, LE NOUVEAU GÉANT Le sous-continent porte-t-il encore bien son nom ? Il est permis d'en douter tant l'Inde semble sans cesse se surpasser. Première puissance démographique mondiale depuis 2023, cinquième puissance économique avec un taux de croissance flirtant avec les 7%, un secteur des hautes technologies en plein âge d'or..., l'Inde est un nouveau géant de l'échiquier international. Une pièce maitresse du monde multipolaire qui s'organise, où la ligne de fracture opposant jadis l'est à l'ouest se creuse désormais entre Occident et Sud global, entre démocraties et autocraties. Tissant un maillage de relations stratégiques complexes, l'Inde avance ses pions pour peser face à l'autre géant asiatique, la Chine. La rivalité entre les deux colosses sera « Le match du siècle », affirme le sinologue Emmanuel Lincot.
Incarnation de la montée en puissance indienne, le populaire Narendra Modi, Premier ministre depuis 2014, est aussi celle du nationalisme hindou et de ses dérives identitaires. Son parti, le BJP (Parti du peuple indien) a pour matrice un mouvement mi-secte, mi-milice vieux d'un siècle, combinant ethno-nationalisme et rigueur disciplinaire. Dans ce numéro, nous donnons la parole à deux philosophes, Divya Dwivedi et Shaj Mohan, qui dénoncent le système des castes, « la forme la plus ancienne du racisme », ainsi que l'hyper-concentration des richesses, faisant de l'Inde l'un des pays les plus inégalitaire de la planète.
De son village des Landes, où il s'est replié depuis 2016, Jean-Claude Michéa continue de déployer sa critique du libéralisme et du capitalisme dans son dernier ouvrage Extension du domaine du Capital. Atypique et radical, le philosophe met en garde « sur le recul constant des libertés les plus élémentaires » dans les sociétés occidentales et la folie du « toujours plus » déshumanisant et suicidaire.
Écrivain majeur de la littérature française contemporaine, Mathias Énard se confie longuement sur son lien intime avec la guerre, qui a percuté la trame initiale de son roman Déserter. En ces temps inflammables, sa lecture offre un regard lumineux sur l'engagement, l'amour et la désertion.
La Revue des Deux Mondes a également ouvert ce mois-ci ses pages au ministre de l'Intérieur. Dans un tribune, Gérald Darmanin détaille le contenu et les principes fondateurs de son projet de loi sur l'immigration, débattue au Sénat à partir du 6 novembre.
Bonne lecture ! -
Deux génies. Y a-t-il autres mots pour qualifier Nietzsche et Pascal, qui font ce mois-ci la couverture de la Revue des Deux Mondes ? Non, tant on est pris de vertige à l'évocation de ces grands penseurs complexes, paradoxaux, aux corps abîmés par le travail et en proie au questionnement permanent. Restons humbles, ne cherchons pas à les enfermer dans des cases que leurs esprits rugissants feront voler en éclats. « Ceux qui limitent leur caractère à un ou deux traits se trompent. Si Pascal est un ascète, il aime plaisanter et rire, sa correspondance le prouve. Nietzsche n'est pas seulement le rebelle, le vorace, le violent qui transparaît dans ses écrits, il se montre attentif et doux envers ses contemporains. Les deux hommes se dérobent aux simplifications », avertit Aurélie Julia, directrice de la Revue. Parce qu'il connaît Nietzsche jusque dans ses recoins, Michel Onfray en est l'un des meilleurs pédagogues et parvient, au cours d'une longue interview, à éclairer, que l'on soit ou non béotien, la personnalité et la pensée de l'auteur de Zarathoustra. Comment percer le concept de volonté de puissance ? Pourquoi selon la dialectique nietzschéenne traverse-t-on trois temporalités du chameau, du lion et de l'enfant ? Petit-fils du Général, Yves de Gaulle retrace lui le lien entre le philosophe prussien et son grand-père « humaniste et chrétien » alors qu'a priori tout semble les éloigner : « le premier pense et détruit par la pensée ; le second ne cesse de vouloir construire par l'action (...) ». De Pascal avec qui il partage l'amour de la mathématique, Cédric Villani dresse de son côté le portrait d'un « scientifique joyeux et audacieux, qui s'inspire du monde pour définir ses problèmes ». Il nous raconte comment Blaise Pascal, dont on célèbre cette année le 400e anniversaire de la naissance, fut le premier à mettre « explicitement en calculs le hasard », ouvrant dans l'histoire des sciences le vaste champ des probabilités. Dans ce numéro de la Revue des Deux Mondes est publié pour la première fois le texte d'une conférence qu'a donnée en 1976 Julien Freund après le vote le 10 novembre 1975 d'une résolution des Nations unies assimilant le racisme au sionisme. Révoquée en 1991, cette motion fut selon le philosophe français l'instrument d'une manoeuvre de politique intérieure de la Russie et d'une manipulation des pays arabes. Lisez encore la perspective troublante qu'ouvre la transition démographique en cours dans la quasi-totalité des pays du monde. Alors que pour la première fois depuis 1960, la Chine a connu l'an dernier un repli de sa population, l'érosion à l'échelle mondiale de l'indice conjoncturel de fécondité (ICF) laisse présager avant la fin du siècle un hiver démographique aux conséquences lourdes d'incertitudes. Bonne lecture !
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Revue des deux mondes : Les bastions du wokisme : Ecole, féminisme, culture, mode...
Revue Des Deux Mondes
- Revue des Deux Mondes
- 21 Mars 2024
- 9782356503053
C'est un vent mauvais qui nous vient d'Amérique. Insidieusement, il gagne en puissance, gonfle les voiles des médias, de l'école, du féminisme, des universités ou de la création artistique. À l'origine, l'ambition était belle : éveiller nos consciences aux injustices sociales, aux discriminations raciales, aux inégalités de genre. Mais l'enfer est pavé de bonnes intentions. Nébuleux, le wokisme a muté en idéologie inquisitrice, excessive et policière dont les foudres s'abattent sur un Occident, forcément privilégié et raciste ou sur des mâles blancs, nécessairement libidineux et carnivores. Coûte que coûte, il faut rééduquer nos cerveaux.
Dans ce numéro, nous explorons les bastions wokistes, avec leurs oukases et leurs grands ciseaux. Comme cette exigence de représentativité qui a visé une pièce de théâtre à Toulouse où des protestataires n'ont pas supporté que le texte d'un auteur trans soit interprété par une actrice qui ne l'était pas. Aux États-Unis, pour être éligible aux Oscars, il faut désormais passer avec succès l'épreuve des quotas ethnique et sexuel. En France, l'Arcom ou le Centre national du cinéma se mettent au diapason, normes d'inclusivité et de diversité sous le bras. En littérature, un homme qui parle des femmes se rend-il coupable d'appropriation culturelle ? Faut-il pendre l'usurpateur Flaubert qui a écrit au nom de Madame Bovary ? Faut-il brûler des livres?
Souvent appréhendé comme un sujet parisien, circonscrit aux sphères intellectuelles, le wokisme prospère aussi en région : « Wokisme basta », a-t-on pu lire sur les murs de la mairie de Bastia tandis que la MJC (Maison des jeunes et de la culture) de Mérignac a récemment proposé aux ados un stage de drag-queen.
Ce flicage des idées a son jargon, foisonnant et obscur, comme un signal de son intelligence supérieure et de notre ignorance honteuse : intersectionnalité, inclusivisme, décolonialisme, genrisme, déconstruction, mysoginoire, androcentrisme... Parlez-vous woke couramment ? Non, mais cette confusion vous fragilise, vous culpabilise. CQFD. Il aurait eu 100 ans cette année. Intellectuel engagé et défenseur résolu de la démocratie libérale, Jean-François Revel, « Benjamin Constant du XXe siècle », était un grand pourfendeur de l'étatisme, dont le regard sur la France contemporaine, interventionniste et dispendieuse, serait sans aucun doute critique. Dans les pages de la Revue des Deux Mondes d'avril, découvrez aussi la reconversion de nos Généraux, nouvelles stars des médias et des librairies. Et faites un détour par Tokyo, mégalopole fascinante, trépidante et courtoise, élégante et insolite. Allons y flâner, marcher sans but. Bura, bura disent les Japonais.
Bonne lecture. -
Revue des deux mondes : décembre 2014 ; où en est la Chine ?
Revue Des Deux Mondes
- Revue des Deux Mondes
- 12 Décembre 2014
- 9782356500977
En 1964 s'ouvrait la première ambassade de France en Chine. Loin de faire l'unanimité, la courageuse décision du général de Gaulle provoqua des réactions passionnelles. Cinquante ans plus tard, où en sommes-nous avec la Chine ? L'avenir de la deuxième puissance économique mondiale est-il aussi rose que le laissent croire ses chiffres mirobolants ? Quel rôle joue réellement l'Empire du milieu sur la scène internationale ? Dans sa livraison de décembre la Revue des Deux Mondes s'est mise à l'écoute d'un pays complexe, difficile à appréhender. Pierre Morel, ambassadeur à Pékin entre 1996 et 2002, retrace huit siècles d'histoire franco-chinoise qui furent ponctués de rencontres, d'échanges, d'accords et de désaccords. Dans sa chronique diplomatique, François Bujon de l'Estang s'intéresse aux quatre dernières décennies qui virent passer la Chine d'un état humilié et déchu à une société fière et riche ; si les gouvernants restent discrets sur le plan international et se gardent bien de livrer un quelconque message à vocation universelle, ils multiplient en revanche les initiatives spectaculaires à l'intérieur du pays et dans l'environnement proche. Le philosophe et sociologue Yu Hai explique pourquoi la Chine ne souhaite pas devenir le numéro un mondial. Dorian Malovic, lui, nous fait part d'un point de vue réaliste et pragmatique : l'Empire du milieu doit se résoudre à aller au bout de ses réformes sinon il s'effondrera. Pour l'universitaire Wang Zhenmin, l'avenir se construira sur un état de droits ou ne se construira pas. L'économiste Li Wei analyse un problème crucial : le vieillissement de la population chinoise. Enfin Michel Crépu rend un bel hommage à Simon Leys, brillant sinologue qui dénonça avant tout le monde les exactions du régime maoïste et l'aveuglement de certains intellectuels occidentaux. Également au sommaire, un entretien exclusif avec Robert Silvers, le directeur de la célèbre New York Review of Books qui fête son cinquantième anniversaire.
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Revue des deux mondes : Colette, l'îcone
Revue Des Deux Mondes
- Revue des Deux Mondes
- 19 Janvier 2023
- 9782356502896
Dossier 1 - Colette, une leçon de liberté -> Entretien avec Emmanuelle Lambert : « Colette fait de son corps une arme et une âme publiques » Écrivain, journaliste, comédienne, danseuse, épouse, amante bi-sexuelle, Colette se métamorphose tous les jours. Elle rit des préjugés et se moque des reproches. Emmanuelle Lambert évoque l'ambiguïté du désir, thème omniprésent dans son oeuvre sur lequel se greffe la question de la chair et de la sexualité. -> Colette contre les néoféministes par Abnousse Shalmani Les néoféministes n'aiment pas Colette, cette femme qui fait de son corps l'instrument de sa liberté. N'adoptant jamais la posture de victime, la romancière apprend de ses expériences et célèbre l'amour physique sous toutes ses formes. -> Entretien avec Frédéric Maget : « À la fois provocatrice et classique, en un mot géniale ! » Colette est toujours en souffrance de reconnaissance et pourtant, combien de femmes l'ont lue et continuent de la lire. Frédéric Maget parle de son public féminin et de son influence sur certaines personnalités. Et aussi Stéphane Guégan et Robert Kopp. Dossier 2 - Le métavers : révolution ou mirage ? -> Le nouvel eldorado virtuel par Laurent Gayard Laurent Gayard explique ce qu'est le métavers et décrit son apparition dans les années 1990. Bien que les géants d'Internet s'intéressent vivement au marché, la réalité virtuelle n'est pas encore prête à changer nos vies. -> La mode a toujours été un métavers par Sophie Fontanel Sophie Fontanel démontre pourquoi et en quoi la mode est, depuis ses origines, un métavers. Que ce soit par les habits, les tissus, les défilés de mode, tout est fait pour vivre une expérience hors-sol, le propre du métavers. -> Un coût énergétique bien réel par Guillaume Pitron et Alice Bello Si des entreprises se ruent sur le métavers, source de potentiels profits, elles prennent soin de mettre sous le boisseau son énorme impact écologique. Sans tirer un trait sur cette technologie, Guillaume Pitron et Alice Bello exposent les enjeux paradoxaux de ce nouveau monde. Et aussi : Mathieu Vaissié, Adli Takkal Bataille et Nicolas Demasquier. Littérature -> Blandine Rinkel, auteure de Vers la violence (Fayard, 2022), passe d'une prison de Fleury-Mérogis à des cocktails littéraires et s'interroge sur la condescendance. Études, reportages, réflexions -> Entretien avec Michel Pastoureau : « Les couleurs sont-elles devenues des objets dangereux ? » Certains coloris sont en danger, alerte Michel Pastoureau. Ils sont dessaisis d'une part de leur identité historique au nom de la morale.
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Revue des deux mondes : Machiavel ou Poutin
Revue Des Deux Mondes
- Revue des Deux Mondes
- 27 Mai 2014
- 9782356500939
Vladimir Poutine annexe la Crimée à la Russie sous les yeux interloqués de la communauté internationale. Il lorgne dorénavant l'Ukraine. Depuis Maïdan, les tensions entre Moscou et l'Occident ne cessent de se tendre, donnant à vivre une crise politique majeure entre l'Ouest et l'Est. Que cherche Poutine ? Quelles stratégies adopter ? Quelle diplomatie possible ? Si le scénario des événements est relativement simple, les origines de la crise sont fort complexes. François Bujon de l'Estang nous aide à y voir clair : sa remarquable synthèse décortique les différentes phases, n'hésitant pas à remonter jusqu'au Moyen Âge pour comprendre les ambiguïtés historiques et géographiques. Dans un entretien, Pierre Hassner et Thomas Gomart apportent des éclairages sur la personnalité, les ambitions et les calculs de Poutine : l'homme n'est peut-être pas machiavélique, expliquent-ils, mais il a, en lui, quelque chose de machiavélien. Nous le comprenons d'autant plus avec Jean-Yves Boriaud, professeur de littérature latine, qui profite du cinq-centième anniversaire du Prince pour rappeler les perspectives de l'oeuvre : Machiavel s'efforce de donner dans son livre des conseils pratiques et non théoriques pour maintenir un État. Il décrit aussi les qualités d'un bon prince, inventant par là une nouvelle morale fondée sur la négation des qualités. Dominique de Villepin, lui, évoque la modernité du Prince : l'État est aujourd'hui en pleine métamorphose, explique-t-il. Il est temps de comprendre la distinction essentielle entre la république et la démocratie. L'ancien ministre des Affaires étrangères revient sur la notion de pouvoir et son exercice : on y retrouve pleinement les enseignements de Machiavel. De son côté, Jacqueline Risset insiste sur le fait que Machiavel s'inscrit dans le sillage de Dante plus qu'il ne s'y oppose, contrairement à un préjugé répandu. Enfin, Xavier Tabet relit, à travers Claude Lefort, la place que Machiavel a occupée dans la réflexion antitotalitaire des années quatre-vingt. Également au sommaire, un entretien inédit sur Saint Louis et l'autorité avec l'historien Jacques Le Goff, récemment disparu.
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Revue des deux mondes : juin 2015
Revue Des Deux Mondes
- Revue des Deux Mondes
- 16 Juin 2015
- 9782356501158
Réformer l'islam - On a beau ne pas partager les convictions d'Éric Zemmour (cette étrange obsession pour la soumission des femmes !), la place qu'a prise le plus dérangeant des essayistes français dans le débat public (notamment avec le Suicide français, 500 000 exemplaires vendus à ce jour) prouve qu'il appuie là où ça fait mal. Le pessimiste, disait Oscar Wilde, est celui qui entre deux maux choisit toujours les deux. Éric Zemmour choisit tout : déclinisme, nostalgie, fascination pour Bonaparte et Robespierre, regrets éternels pour la France de De Gaulle et du Parti communiste, chacun campé dans ses certitudes, la frontière bien tracée et les vaches bien gardées. Mais comment devient-on Éric Zemmour ? Quel est le parcours littéraire de ce prophète de l'Apocalypse ? Quand et comment lui est venue sa révélation mélancolique ? Quels sont les auteurs, les siècles et les textes fondateurs qui l'ont modelé ? La réponse dans ce numéro de la Revue des Deux Mondes. Depuis al-Qaida, Daesh et les attaques terroristes, le monde musulman est confronté à l'interprétation de son texte sacré. Une réforme est-elle possible ? Le philosophe Malek Chebel nous invite à revisiter l'histoire de l'islam. Le défi, nous explique-t-il, est le suivant : « Comment unifier les rangs des musulmans sans devoir choisir entre le repli identitaire ou la guerre sainte comme seuls concepts ? » Autre impasse soulignée par Alaa El Aswany, le célèbre auteur égyptien de l'Immeuble Yacoubian (2), ce pas de deux infernal entre dictature ou islamisme, « les deux faces d'un malheur historique », rendu possible par le wahhabisme. Pour le théologien Ghaleb Bencheikh, « il faut renouer avec l'humanisme d'expression arabe et le conjuguer avec toutes les conceptions philosophiques éclairées du progrès ». Robert Redeker s'interroge sur l'exemple préalable du christianisme : les deux types de réforme religieuse expérimentés en Europe (la réforme protestante fondée sur le « retour à la lettre » et la réforme catholique s'appuyant sur l'administration d'un clergé) sont deux modèles inopérants pour l'islam : revenir au texte littéral, c'est exactement le projet islamiste, et réformer par le clergé n'est pas possible car le sunnisme ne s'appuie pas sur une telle organisation. La réforme ne sera pas un long fleuve tranquille. Et d'ailleurs la réforme de l'islam est-elle la bonne question ? « Imaginons qu'au lieu de réformer l'islam on réforme l'école, propose l'écrivain Leïla Slimani. Et qu'à Alger, à Casablanca, à Tunis ou au Caire, tous les enfants aient droit à l'éducation. Qu'on leur inculque l'art de la dissertation, de la thèse et de l'antithèse... Toute réforme de l'islam est vouée à l'échec s'il n'y a pas des musulmans éclairés pour l'incarner et la faire vivre. » L'exemple de la Tunisie, où la démocratie est à l'oeuvre et résiste courageusement au djihadisme, nous autorise à conclure positivement. Dans cette société et dans bien d'autres, les musulmans ont envie de réforme. Sociale, politique et religieuse. Valérie Toranian