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Jean Raine : vivre en peinture
Jean-Noël Orengo, Jean Raine
- Cahiers Dessines
- 20 Avril 2023
- 9791090875708
Vivre en peinture retrace le parcours de Jean Raine depuis ses dessins et collages dès l'après-guerre, influencés par ses rencontres avec les surréalistes belges, sa proximité et ses amitiés au sein du mouvement CoBrA, de 1949 à 1951. S'ensuit une interruption de dix ans, consacrée au cinéma aux côtés d'Henri Langlois, directeur de la Cinémathèque française, et c'est réellement en 1960 que Jean Raine s'affirme en tant qu'artiste sous l'impulsion de Pierre Alechinsky et de Marcel Broodthaers, organisateurs de ses premières expositions. Il entame dès lors une série de grandes encres habitées de personnages fantasmagoriques ou cauchemardesques, puis, à San Francisco, en pleine période hippie, il découvre la couleur. De 1970 jusqu'à sa mort en 1986, il multiplie les séries, à raison de deux par an, réalisées en France et en Italie, où se mêlent peinture et dessin. La chronologie des dessins et des peintures permet de mieux percevoir les métamorphoses qui s'opèrent au fil du temps, aboutissant à des all-over de plus en plus abstraits qui peuvent atteindre des formats impressionnants. Les titres de ses tableaux - Ecueil des faux serments, Sous l'aile d'un moulin rose, Cercueil pour un nombril - participent de la fureur et du mystère de ce théâtre tourmenté et haut en couleurs encore méconnu du grand public.
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Si vous voulez connaître un homme, regardez le marcher, regardez son allure quand il s'approche de vous. Yvon Le Men s'avance les bras ouverts, les mains légèrement posées sur les épaules de ceux qu'il a un jour aimés. Pas un seul. Il n'en a pas oublié un seul et sa solitude est faite de cette mémoire-là, éblouie. Et voici maintenant qu'il parle - je veux dire : qu'il écrit, car parler, écrire, aimer, perdre sont chez lui consanguins. Il appelle chaque parcelle du monde par le nom qui lui est dû. Elle vient vers lui. Il la recueille au creux de ses mains et la donne à manger à ses morts. À présent il se tourne vers les vivants et leur offre le plus rouge de sa langue - la beauté immédiate d'un silence. Puis tous s'en vont ensemble, ceux du passé, ceux du présent, et la page tremble d'une vie à venir, inoubliable. Écoutez-la, écoutez-le, mangez le livre. Christian Bobin. L'aube, c'est l'instant où se lève la parole - et avec elle toute lumière. Dehors il fait froid. On ouvre la fenêtre, on jette du sel aux anges, quelques questions aux écrivains. Ils y répondent avec cette voix qui n'est plus celle de la vie courante, pas encore celle de l'écriture, avec cette voix faible - courante sous la cendre, tremblante sous la page.
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