Littérature
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Dans "Saint-Just-roman", Véronique Bergen fait parler de façon polyphonique les voix de la Révolution française, celles des révolutionnaires, de Saint-Just aux Enragés, de Robespierre à Marat, de Hébert à Danton, de Camille et Lucile Desmoulins aux sans-culottes, mais aussi celles des contre-révolutionnaires, des royalistes ou encore des Moires, des chevaux, de Brount, le chien de Robespierre. Sa fiction s'articule autour de la figure complexe de Saint-Just qui se voit allégée des clichés qui la recouvrent. S'emparant d'un événement capital de l'Histoire, de la césure 1789 et de la Terreur, elle questionne le désir de révolution, ses devenirs, ce qui l'interrompt. Elle remet le corps de l'Histoire en mouvement et interroge le lien entre mémoire des insurrections passées et lever des soulèvements actuels.
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Véronique Bergen nous emmène à la rencontre de Zoë Lund, actrice, scénariste, musicienne, compositrice, mannequin, écrivaine, née à New York en 1962., fille de Barbara Lekberg, sculptrice, et de Victor Tamerlis, marchand de livres rares d'origine grecque. Elle fut la co-scénariste des films d'Abel Ferrara dans lesquels elle jouas, Ms. 45 et Bad Lieutenant. Multiple, insaisissable, c'était créatrice boulimique. qui fit de l'héroïne une mystique, et voua un culte au rituel du shoot. Personnalité flamboyante elle incarne l'underground new yorkais des années 70.
Le texte de Véronique Bergen s'accompage de portraits phototgraphiques ainsi que des extraits de certains des poèmes et textes de Zoë Lund. -
Moctezuma : Le dernier Soleil
Véronique Bergen
- MaelstrÖm reÉvolution
- 21 Septembre 2024
- 9782875055064
Comment une civilisation en vient-elle à mourir ? Ce roman choral met en voix la fin de l'empire aztèque, la rencontre de Moctezuma et de Cortés. Rien ne préparait l'univers des dieux, du rêve, des Aztèques, mais aussi des peuples indiens soumis au joug des Aztèques, à rencontrer l'univers de l'Occident qui surgit sous la forme de conquérants mus par la croix du Christ et la soif de l'or. Chronique d'un monde perdu, assassiné, Moctezuma plonge dans les années décisives au cours desquelles un monde bascule dans le néant, à savoir les années 1510-1522. En langue aztèque, on parlera des années Treize-Lapin, Un-Roseau, Trois-Maison... La destruction des civilisations précolombiennes livre une clé des songes permettant de lire les impasses de notre présent.
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Annemarie Schwarzenbach la vie en mouvement
Véronique Bergen
- DOUBLE LIGNE
- 25 Octobre 2021
- 9782970143321
La vie doit être mouvement » écrivait Annemarie Schwarzenbach, en 1930, dans un article sur la jeunesse. Ceux qui connaissent la destinée de cette écrivaine à la personnalité aussi étonnante que mystérieuse savent à quel point cette affirmation aura été, pour elle, impérieuse et programmatique. Dès son plus jeune âge, et bien avant certaines grandes figures du récit de voyage, Annemarie Schwarzenbach se met à bouger, que ce soit sur les routes ou par l'esprit. Quelles sont les raisons de ce besoin fondateur de mobilité et d'itinérance chez Annemarie Schwarzenbach ? Quelles sont les formes qu'il aura prises, quels auront été ses aboutissements, mais aussi, bien sûr, ses impasses ? Véronique Bergen s'attache à répondre à ces questions dans Annemarie Schwarzenbach, la vie en mouvement. Ce faisant, elle dresse un portrait sensible et original de l'écrivaine, et apporte un éclairage nouveau sur l'une des personnalités suisses les plus inspirantes du siècle dernier.
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Fils du désert, Ismaël navigue chaque année sur La Mirabelle pour honorer son rendez-vous avec la mythique Moby Dick qui, pour la première fois, se dérobe. Lors d'une escale à Amsterdam, il embarque Anaïs, rencontrée dans un bar à hôtesses : « comme Moby Dick fuit le capitaine Achab, les baleiniers, elle fuit celui que j'appelle Achab II, le chasseur dont j'ignore tout ».
Écume déploie trois itinéraires marins, trois lignes de fuite qui s'entrechoquent et s'embrassent : le voyage d'Ismaël qui est aussi une cartographie des ravages subis par l'océan, « cet enfer épileptique aux neuf cercles mazoutés » ; l'errance d'Anaïs façon Querelle de Brest, les migrations des cétacés.
C'est un roman d'amour, un poème océanique et une charge contre la destruction du vivant, la rapacité de l'homme.
Les mots de Véronique Bergen débordent du papier. Son Écume est un raz-de-marée. Un vent brûlant sur la folie du monde. -
1828, un adolescent surgit sur une place de Nuremberg, une lettre à la main. Illettré, comme coupé du monde, il passe aux mains de différents tuteurs avant de disparaître en 1833. Très vite, d'extraordinaires rumeurs circulent sur le jeune homme : il serait le fils du grand-duc de Bade et de Stéphanie de Beauharnais, une nièce de Napoléon. Il aurait été enfermé dès sa naissance dans une minuscule cellule et privé de tout contact avant d'être relâché vers sa seizième année.
Banal cas d'autisme ou enfance martyre, brisée par la raison d'État ? Telle est encore aujourd'hui l'énigme de Kaspar Hauser.
L'histoire de Kaspar Hauser est ici renouvelée à travers les récits vibrants d'amour ou de haine de personnages proches de l'enfant : sa mère, un cheval, son assassin...
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Les danses de Roberto Succo
Véronique Bergen
- MaelstrÖm reÉvolution
- Bookleg
- 14 Décembre 2023
- 9782875054807
Dans ce récit d'une déambulation dans les rues de Bruxelles, la narratrice rencontre un saisissant sosie de Roberto Succo, un jumeau, un double du « tueur de la pleine lune » au visage d'ange. Rêveries autour de lieux, du centre-ville de la capitale, de la forêt, de personnages fantasques (sosies de Veruschka, de Nancy Cunard...). Après Bernard-Marie Koltès, Les Danses de Roberto Succo met ses pas dans ceux d'un revenant, d'une réincarnation du « killer aux yeux de glace ».
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Les guerres provoquées par la débâcle écologique ont dévasté la Terre. Une galerie de personnages se relèvent pourtant : un écoguerrier, une femme-chamane ou encore un enfant muet. Entre vagues d'insurrection, effondrement mondialisé et nouvelles alliances avec la nature, Guérilla, écothriller d'un genre nouveau, se déploie au milieu des explosions de grenades pour entonner un vibrant appel en faveur de notre planète.
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Unica Zürn, artiste et écrivaine allemande, nait en 1906 à Berlin. Pendant la guerre, elle fréquente, par le second mari de sa mère, l'élite nazie. Après la guerre, elle rompt avec sa famille, divorce d'avec son mari et cotoie le milieu artistique. Elle y rencontre Hans Bellmer, avec qui elle s'installe à Paris. Elle fréquente le milieu surréaliste, dessine, écrit. l'alternance d'états dépressifs et de crises schyzophréniques l'envoie régulièrement en hôpital psychiatrique. Prise de drogues, tentatives de suicides... elle met fin à ses jours en 1970 en se défenestrant.
Avec cette nouvelle fiction (qui vient après celles sur Ulrike Meinhof, Edie Sedgwik et Marilyn Monroe), l'auteure continue à inventer l'écriture qui redonne chair aux personnalités féminines singulières, en les dotant d'une voix neuve, sensible, intelligente. Ce portrait de l'artiste est d'une telle densité qu'il nous offre par la même occasion le portrait en creux d'une époque, d'un système, et des homme qui forgent «malgré elle» ce que l'artiste devient et contre quoi, dans un même temps, elle se rebelle. Un roman qui semble écrit du sensible même d'Unica Zürn...
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Icône H. projette au 21e siècle la légendaire Hélène, la « plus belle femme du monde » dont l'enlèvement par Pâris provoqua la guerre de Troie. Séductrice compulsive, elle élève au rang d'art son odyssée dans les plaisirs, son génie de l'érotisme.
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Des Marolles aux cantons de l'Est, on côtoie dans les Belgiques de Véronique Bergen des mathématiciens admirant la mer du Nord déchaînée, des physiciens invités à défendre la mécanique quantique au congrès Solvay, mais aussi des pianistes, un anarchiste venu assassiner Léopold II, ou encore de chers disparus revenus errer dans les rues de Bruxelles, le temps d'une quarantaine pandémique...
Autant de balades douces-amères à travers une Belgique aussi rêvée qu'ancrée dans les passions de Véronique Bergen, académicienne, philosophe, poète qui, à travers son oeuvre romanesque, s'attache à donner une voix aux oubliés.
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Dans le nouveau roman de Véronique Bergen, des chiens célèbres apparaissent tour à tour : Loukanikos, le « riot dog » des insurrections grecques contre l'austérité, Blondi, le berger allemand d'Hitler, Laïka, animale victime de la conquête spatiale, le chien d'une tribu Yanomami confronté à l'extermination des Indiens d'Amazonie ou encore ceux de Marie-Antoinette.
Comme autant de narrateurs et témoins de la folie humaine, ces chiens interrogent le futur de notre espèce à travers son passé : Tous doivent-ils donc être sauvés ? ou aucun ?
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Le récit (entre roman, épopée et document...) de la vie d'Edie Sedgwick, égérie de la contre-culture américaine des années 60.
Ce récit raconte l'épopée, courte et dense, de la vie d'Edie Sedgwick, connue comme égérie d'Andy Warhol, compagne de Bob Dylan, mannequin de Vogue et Life...
Ele a joué dans de nombreux films de Warhol, est la vedette du film culte Ciao! Manhattan (de John Palmer et David Weisman) paru en 1972 - après sa mort. Elle a été la reine des nuits new yorkaises, princesse de la factory, vivant de drogue, de sexe et d'éclats divers, n'ayant de cesse de brûler... Elle a été chantée par le Velvet Ungerground, Patti Smith, Lloyd Cole, Étienne Daho, Alizée et les groupes The Cult et Dramarama... Plusieurs biographies lui on été consacrées (la principale, écrite par Jean Stein, a été traduite en français et publié par Bourgois en 1987).
Edie est née en 1943 à Santa Barbara en Californie d'Alice Delano De Forest et de Francis Minturn Sedgwick, propriétaire d'un ranch, souffrant d'épisodes aigus de psychose maniaco-dépressive. Cette grande famille respectable du sud des États-Unis s'enrichit d'un coup grâce à la découverte de pétrole sur leurs terres.
Edie a eu 7 frères et soeurs, et vécut une enfance coupée du monde réel. Littéralement " possédé " par Fuzzy, père tout puissant qui tyranise sa famille, Edie, anorexique, qui sera suivie dès son plus jeune âge par des psychiatres, verra l'un de ses frères se suicider, un autre mourrir d'un accident de moto, sa mère s'étioler sous ses yeux...
Elle mourra à l'âge de 28 ans, d'une overdose de barbituriques...
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Quel langage trouver pour dire ce qui tue? Quels mots poser sur le massacre ? Comment, déjà, parvenir à l'appréhender, la destruction du monde, dans toutes ses dimensions ? C'est-à-dire, peut-être, dans une valeur-monde, du côté de ce qui vit, de ce qui rampe, qui coule, qui bruisse, au fond : en se débarrassant d'une représentation humaine ? La tentative, ici, est celle d'une invention. Véronique Bergen signe dans Alphabets des loups un recueil qui fait parler - non pas « simplement » des loups - mais un devenir-loup, au sens deleuzien, au sens où la rencontre avec l'altérité est la condition du geste d'écriture. Il s'agit de quitter son territoire, d'avancer hors des sentiers battus, et de se reterritorialiser en s'inventant chat, oiseau, loup. » Maud Joiret
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Ce livre s'ancre dans la poésie en s'ouvrant sur la rencontre entre deux univers, l'univers musical et mental de Serge Gainsbourg, et l'univers secret de Bambou.
Il s'agit d'une fiction poétique autour de ce tandem Serge Gainsbourg-Bambou qui entend moins apporter une pierre de plus au mythe Gainsbourg qu'interroger de façon intimiste les zones de résonance entre deux êtres tendus vers l'extrême. Il n'est point question d'une traversée de l'oeuvre de Gainsbourg mais d'une traversée de son rapport au verbe, aux femmes, à la mort.
Le second volet de ce livre offre une suite poétique où l'auteure explore des contraintes de diverses natures - phonétique, syntaxique, stylistique... -, la règle de base importe moins que le bougé qu'elle produit dans l'ensemble du texte. C'est dès lors l'écart qu'elle catalyse à l'intérieur même du récit, les mouvements centrifuges et les effets déstabilisateurs qu'elle induit. Toucher aux conventions par l'inoculation d'une règle altère le poids d'évidence que nous conférons aux premières et dégage le geste constructiviste dont elles sont les retombées. C'est ainsi que l'adoption d'une contrainte déséquilibre le corpus de règles instituées, que l'adjonction d'une loi libère l'aléatoire. Le recours au lipogramme, à l'homophonie... vaut par la redistribution des paysages qu'il provoque. Les opérations de soustraction ou de prolifération de lettres, le transfert de procédés extra-littéraires dans le champ de l'écrit que ce recueil met en oeuvre ne ressortissent donc pas à l'esprit de formalisation, à son seul souci d'explorer les instruments dont il dispose. Il n'est, en effet, de jeu sur la structure qui ne soit un jeu sur l'événement. Il n'est d'intervention sur les codes de base qui ne soit ébranlement de l'agencement en son ensemble.
Il se dégage de cet ensemble une sensualité peut commune et qui ne s'enferme pas dans des formules : nous controns l'avancée des souffles de l'enfance / par une danse nuptiale / sexe contre sexe.
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Variations sur l'animal central
Aurélien Barrau, Véronique Bergen, Mathieu Brosseau
- LETTRE VOLEE
- 12 Avril 2018
- 9782873175061
Cet ouvrage à trois voix interroge le statut de l'animal central. Concept à la limite du concept, il rencontre la question de l'altérité, du désir, de ce qui insiste sous la construction des territoires de la pensée. en son surgissement, Il décentre le lieu de l'homme et instaure de nouveaux liens entre habitants du cosmos. L'animal est peut-être toujours central. Implosé en chaque épiphanie d'un réel pluriel. Et pourtant toujours infiniment périphérique. Abordée suivant les modes du désir-vie, du chaossuaire et du bestiaire synchromécanique, la figure sans visage - organique et orgastique - de l'animal central se déploie jusque dans le là. Entre philosophie et littérature, la poétique défaite de l'animal enfoui s'extirpe d'un peu de ses sédiments.
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« Ce quartier vit à jamais en moi. D'emblée, enfant, j'ai été attirée par la déclivité des rues étroites, fascinée par l'impression d'une ville enclavée dans la ville. Riche terreau de luttes, terre de métissage, mixité de la population, affirmation des différences s'avancent comme quelques-unes des strates qui composent le visage de ce tissu urbain singulier. » Les Marolles composent un monde dans un monde, inventent un espace de liberté dans le tissu du centre-ville de Bruxelles. Essai poétique, politique, onirique, Marolles. La Cour des chats évoque un lieu en marge, marqué au cours des siècles par la "zwanze", cet esprit d'auto-dérision, et les soulèvements populaires, l'esprit des luttes, soumis de nos jours à la pieuvre de la gentrification. Ce livre est tout à la fois une lettre d'amour à un tissu urbain qui se tient sous le signe du contre-pouvoir, une promenade dans les plis du présent et les méandres de la mémoire, un hommage au "situationnisme marollien", un manifeste dédié aux acteurs actuels et passés d'un quartier anticonformiste, "sans dieu ni maître". Il est aussi un requiem pour les rues assassinées. « Quartier en marge et de la marge ... Les Marolles se placent sous le signe d'Hermès, dieu entre autres des petites gens. Le tracé de ses rues, l'architecture de ses maisons, l'esprit de ses habitants se singularisent par les bifurcations, la fantaisie. [ ... ] Les Marolles offrent le corps d'un grand blessé mais surtout celui d'un grand vivant. De tout temps, l'enjeu a été politique. Démolir les Marolles, c'est, comme avec Haussmann à Paris, imposer l'ordre, discipliner le chaos, dompter l'anarchie, étouffer les émeutes, faire rentrer les esprits libres dans le moule imposé.»
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Kaspar hauser ou la phrase preferee du vent
Véronique Bergen
- Éditions Denoël
- 9 Mars 2006
- 9782207257456
1828, un adolescent surgit sur une place de Nuremberg, une lettre à la main. Illettré, comme coupé du monde, il passe aux mains de différents tuteurs avant de disparaître en 1833. Très vite, d'extraordinaires rumeurs circulent sur le jeune homme : il serait le fils du grand-duc de Bade et de Stéphanie de Beauharnais, une nièce de Napoléon mariée à un souverain allemand pour consolider la politique d'alliances impériales. Il aurait été enfermé dès sa naissance dans une minuscule cellule et privé de tout contact avant d'être relâché vers sa seizième année. Banal cas d'autisme ou enfance martyre, brisée par la raison d'État ? Telle est encore aujourd'hui l'énigme de Kaspar Hauser. L'histoire de Kaspar Hauser, adaptée par Werner Herzog, est ici renouvelée à travers les récits vibrants d'amour ou de haine de personnages ayant approché intimement l'enfant sauvage princier: sa mère, un cheval, son assassin... La découverte d'un écrivain de haute volée, d'un lyrisme singulier.
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Obsédée par les fêlures de son amante, une femme se perd dans de singulières joutes passionnelles sur fond d'océan... Comment endurer les cinglantes lignes de fuite de Chloé, amazone à la troublante armure ? Comment déchiffrer les langues intimes de son journal, vertigineuse tour de Babel intérieure dans laquelle cette dernière s'est enfermée à double tour ? Comment surtout découvrir le code secret à même de pénétrer les mystérieux écrits d'Ossip, son grand-oncle survivant des camps qui vient de se jeter dans la mer ? Au fil des jours se précise un tragique roman familial : la disparition des siens durant l'orgie de sang de la Seconde Guerre mondiale, l'interminable silence du dieu des Étoiles jaunes...
D'une écriture visionnaire, Véronique Bergen conjugue les mille énigmes d'une passion à une hallucinatoire traversée des pulsions barbares du XXe siècle. Creusant les méandres d'un inépuisable panthéisme amoureux, elle nous happe dans la flamboyante folie de la guerre.
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Tout texte est un palimpseste, à la croisée des traces effacées et d'un nouveau lancer de dés.
Tout poème est une convocation de l'inouï, une proposition d'impossible.
Toujours sur la ligne de crête où l'inaperçu vient rompre silence et élever sa voix, à jamais non répertorié dans le bal des proses apprivoisées.
Choisir de décliner des fragments de monde selon l'axe des quatre éléments physiques - la terre, l'eau, l'air et le feu -, c'est tenter d'illimiter l'écriture en un corps dansant et frapper les choses au coin du verbe.
Double mouvement en miroir, double pari. En sécession avec les codes régnants du penser et de l'exister. À l'écart de l'institué et du figé.
Afin de phraser ce qui se soustrait à la visibilité, ce qui est exclu de la présence, les vents de l'ailleurs doivent souffler sur la langue.
Jamais à la solde de ce qui est, la poésie invente son espace-temps propre, dans la sédition de vocables qui tombent hors de leur usage marchand, hors d'eux-mêmes.
Le verbe ne se tient qu'à hauteur d'une insurrection contre tout ce qui le minore, le corrode, l'aseptise. Prêt à affronter des temps qui ne relèvent d'aucune conjugaison, le verbe allume les points de crise de la grande Histoire et des lambeaux de petits récits, débusquant les noms silencieux sous le vacarme des choses, les puissances vitales dans les tribus de mots hors de leur gond.
Le tremblé, le bougé que le poème induit dans la langue du monde et dans le monde de la langue n'est pas sans ricocher sur lui-même.
Nul m'emporte et ne déporte s'il n'est d'abord transporté.
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Alphabet sidéral ; dans les pas d'anselm kiefer
Véronique Bergen
- Cormier
- 15 Octobre 2008
- 9782930231587
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La poésie comme matériau pour explorer les états du corps, le corps amoureux, le corps jouissant, le corps se donnant de nouvelles naissances, le corps rebelle à l'oppression, le corps soumis à la loi de l'éros, le corps se libérant, le corps s'abandonnant. Griffures se tient sur les lignes où la chair, le désir, l'enfance cherchent à se phraser.
La poésie comme déclinaison des folies collectives, du chaos de l'Histoire, en un jeu d'échos avec les débâcles individuelles. Un théâtre des bourreaux et des sacrifiés, une galerie de personnages, Judith, Sulamith, Salomé sur fond de pogroms, avec la Shoah comme ombilic. La Nuit obstinée ou comment veiller sur l'innommable en le dépliant en verbe.
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Tu t'élances sur des routes que l'on n'emprunte
qu'à l'envers, tu es plus que la somme de l'envol
et du grand retour, tu es le vol qui cherche
à se voler lui-même, la voltigeuse en quête
d'espaces qui n'existent pas encore, tu kidnappes
des pétales d'éternité au temps qui s'époumone,
tu dérobes le hors-saison à l'hiver qui plastronne,
tu soustrais les faux noms,
les gestes de granit qui assassinent l'amour,
tu expérimentes le vol à l'envers, presque «love»,
tu déhanches le cercle en direction
de ce qui ne se referme,
tu coules à pic dans les fables de l'anti-vie,
tu pétris les mots dans une pureté vingt-quatre carats,
tu fais bégayer la mort en lui tendant
une constellation de miroirs,
tu caresses le vent qui n'ose se poser
au sommet des premières vagues,
tu repêches les ombres qui se sont confiées
au lit de la rivière,
tu multiplies les dieux
par les orgies des étoiles.